« Quel métier exercez-vous ?
- Je suis archéologue. »
A cette question courante, voilà une réponse peu commune qui laisse souvent les deux interlocuteurs perplexes. Le premier, car elle ouvre un champ d’images et de connaissances trop vaste pour se faire une idée réelle et le second, pour les mêmes raisons mais de l’autre côté du miroir.
La discussion se poursuit alors sur le terrain de la pratique « Vous fouillez ? Avec un pinceau ? », de la fiction « Comme Indiana Jones ? », de la connaissance d’une culture « les Romains ? » ou d’un site « les pyramides ? » dont souvent l’archéologue ignore quasiment tout, n’en étant pas spécialiste. Ainsi, ces échanges sont la plupart du temps brefs là où l’on pourrait s’attendre à une discussion passionnante ; car l’archéologie et l’archéologue passionnent.

Mais alors, qui sont vraiment les archéologues ?
Que font-ils réellement ? Quel est ce métier ?
Au travers de ses images, cette exposition vous propose des éléments de réponse. Par delà les clichés et les généralités très répandus, elle donne à voir l’archéologue et les réalités de son travail, en moments, en objets, en lumières, en photographies. Ainsi, elle explore la diversité de ses activités ; diversité des périodes étudiées, des objets mis au jour, des outils utilisés, des techniques employées, des façons de montrer, des façons de faire.

Une discipline, une science, une profession

En réalité, l’archéologie n’est pas un métier, mais tout à la fois une discipline, une science et une profession. Une discipline car elle porte en elle l’héritage de la relation et de l’intérêt des sociétés aux vestiges de leur passé ; une science car il s’agit de construire un domaine ordonné du savoir à travers la recherche sur le passé en s’appuyant sur des méthodes précises ; une profession car elle regroupe de multiples métiers, spécialités, pratiques qui exigent un apprentissage et s’inscrivent dans un système économique et social.

L’archéologue européen

Cette exposition se conçoit également comme une photographie de l’Europe de l’archéologie car les images proviennent d’Allemagne, de Belgique, d’Espagne, de France, de Grèce, d’Italie, du Royaume-Uni. Dans ces sept pays, Pierre Buch a voyagé pour aller à la rencontre des archéologues au travail et saisir photographiquement les différents moments de leur activité. A travers lui, l’exposition est le fruit partagé d’un collectif de treize institutions européennes qui, avec le soutien de la Commission européenne (programme « Culture » 2007-2013), ont créé un réseau d’échanges sur l’archéologie à travers le continent. Ce réseau, « L’archéologie dans l’Europe contemporaine », a offert la possibilité à ces archéologues européens de réfléchir ensemble sur leur profession, ses pratiques, sa relation aux publics, et de se raconter dans leurs vérités en mettant artistiquement en images leur travail à destination de tous les regards.

L’archéologue contemporain

Les photographies présentées ici esquissent une image de l’archéologue et de l’archéologie d’aujourd’hui. En effet, la profession a subi de profonds bouleversements ces trois dernières décennies. Si les vecteurs de ces changements sont multiples, nous pourrions citer les plus forts : la rédaction de la Convention européenne pour la protection du patrimoine archéologique (Malte,1992) ; l’émergence et l’essor de l’archéologie préventive : cette recherche archéologique qui assure la détection et l'étude du patrimoine archéologique menacé par les travaux d’aménagement  de nos territoires ; la profonde mutation de l’université européenne ; le renforcement du lien des publics aux patrimoines ; etc. Ces transformations des champs de la formation, de la recherche et de la diffusion du savoir archéologique ont conduit naturellement à l’affirmation de l’archéologie comme profession, pleine, entière et complexe.

Une lecture possible de l’exposition

Chacune des photographies de Pierre Buch est par essence indépendante, et en cela une œuvre en tant que telle. Mais, en parallèle, et pour guider le visiteur, chaque photographie de l’exposition est accompagnée d’un mot-clé qui schématise un moment du travail de l’archéologue :
Fouiller - car le plus souvent il met au jour des vestiges enfouis même s’il peut également travailler sur des bâtiments ou des monuments.
Enregistrer - comme la fouille détruit son sujet d’étude, l’enregistrement des découvertes doit être systématique.
Analyser - car pour répondre à une problématique définie, il doit faire « parler » les vestiges en laboratoire.
Préserver - car il faut conserver les vestiges pour les étudier et les montrer aujourd’hui et dans le futur.
Raconter - car le but premier de l’archéologie est d’élaborer et de diffuser les connaissances sur le passé même si elles sont en perpétuelle évolution.

“What is your job?
- I am an archaeologist”
This unusual answer to a common question can leave both speakers puzzled. It suggests a very wide range of possibilities for which there may be no shared mental picture. The discussion may then continue around the nature of archaeological practice: “Do you dig?… with a brush?” “Or like Indiana Jones?” “Or to find out about a particular culture – the Romans? – or a particular site – the Pyramids?” To which the archaeologists may actually be able to say very little because it isn’t their speciality. These conversations are often too brief, but we can expect a passionate discussion, because Europeans find archaeology and archaeologists fascinating.

But what really is an archaeologist? What do they do? What is their job?
This exhibition of photographs suggests some answers and, going beyond the cliché, provides a photographic impression of what archaeologists do on a day-to-day basis. It explores the diversity of archaeological activities, the diversity of the periods studied, the objects discovered, the tools used, the techniques involved and the many ways of showing or doing.

a discipline, a science, a profession

Archaeology is not a job but a discipline, part science, part art, and at the same time a professional occupation; a discipline because it considers the relationship between societies and their pasts; a science because it is about creating a body of knowledge with precise methods for researching the past; an art because it tells a story; and a profession because it takes part in an economic and social system and combines multiple jobs, specialities, and practices.

the european archaeologist

This exhibition is also a reflection of the diversity of European archaeology today because the images come from seven countries: Belgium, Germany, France, Greece, Italy, Spain and the United Kingdom. In these countries the photographer, Pierre Buch, travelled to meet working archaeologists, and photograph the various stages of their activity. Through him, this exhibition is the result of the collective work of thirteen institutions which comprise a European archaeological network, supported by the European Union’s “Culture” 2007-2013 programme. This network “Archaeology in Contemporary Europe” offers European archaeologists the opportunity to think about their profession, its practices, its relationship with the public and to describe themselves through the artistic representation of their work intended for all audiences.

the contemporary archaeologist

The photographs displayed here present images of the modern archaeologist and archaeology. The profession has undergone profound changes over the past three decades. While there may be many reasons for these changes, we can identify the most important ones: the European Convention on the Protection of the Archaeological Heritage (Malta 1992); the emergence and expansion of archaeological work that ensures the detection and study of those archaeological remains threatened by building works; major changes in the nature of the European university system; and the reinforcement of public interest in and attachment to heritage. These factors have prompted changes in the fields of training, research and knowledge sharing and have naturally given rise to archaeology as a varied and complex profession.

a possible reading of the exhibition

Each one of Pierre Buch’s photographs is independent and can be see as a unique work. However, each picture is also accompanied by a keyword which helps categorise a facet of the archaeologist’s work and to guide the visitor:
excavating - because the archaeologist is often digging amongst buried remains even if they also work on standing buildings and monuments.
recording - as the excavation destroys its subject of research, recording finds has to be precise and systematic.
analysing - because to answer a defined research question, archaeologists have to make the remains in the laboratory “speak”.
preserving - because we have to conserve remains in order to study and present them now and to preserve them for the future.
telling - because the first aim of archaeology is to elaborate and disseminate knowledge about the past, even if it is constantly changing.